L’Etat théocratique du Fouta Djallon

Leydi Di’e, Dime, Diina e Dimaagu

Terre d’Eau, de Fruits, de Foi et de Liberté

L’Etat du Fouta Djallon a été en effet constitué vers la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle suite a une conquête précédée d’une longue période de pénétration pacifique. À son apogée vers 1870 il s’étendait de la Casamance à Kouroussa (Saareya en Peul) et de Kaakandi (Boké) au Niokolo. Le colon français amputera des morceaux entiers de ce territoire du nord au sud et de l’est à l’ouest :

-Toute la haute Casamance (Kolda, Vélingara) et larégion de Kédougou furent rattachées au Sénégal

-la haute Gambie (Firdu) à la Gambie

-la région sud-est de Satoudougou au Soudan Mali

-le Faranah et le Kouroussa à la Haute Guinée

-la région de Kabala à la Sierra-Leone

-la région de Kindia et de Boké à la Basse Guinée

-la région de Bafata à la Guinée Bissau (Guinée Bissau).

C’est au cours d’un lointain voyage que les peuls sont arrivés dans le massif montagneux qu’est le Fouta Djallon ou ils côtoyèrent les Jalonkés et autres peuplades Bagas, Landoumas et Mikhifore. Les premiers peuls non islamisés nommés Pullis se sont infiltrés petit à petit a partir du IXème siècle. Et dès le XIVème siècle ce fut le début de la grande invasion avec l’arrivée de Koli Tenguela. C’est seulement à partir du XVIème siècle que ceux islamisés
commencèrent à y immigrer en provenance du Macina, du Bhoundou, du Ferlo et du Fouta Toro. Ils arrivèrent par groupes et par étapes pour se fixer en plusieurs points. Chaque groupe était sous la conduite d’un chef de clan vénérable.
Grâce aux efforts accomplis, dans le silence des campements, cette minorité d’immigrants se développa rapidement et bientôt, des marabouts très instruits apparurent de tous côtés :

Dans le Timbo, Alfa Kikala dit Seïdi avait pris place. Il eut deux enfants, Alfa Nouhou (père des Alfaya) et Alfa Maliki (père des Soriya). Son clan fut désigné sous le nom de Seydiyabhe.

Son frère Fodouyé Séri, fixé à Fougoumba, choisit pour son clan le titre de Sériyabhe.

Les Diallo-Khalidouyabhe, descendants de Khâlidou, occupèrent la vaste région du Nord de Labé.

Les Diallo-Diâlobhe préférèrent le Kolladhe, avec point d’appui à Kankalabé. Une partie de ce clan s’en détacha cependant pour se rendre à Timbi-Madina qu’elle choisit comme demeure.

Les Diallo-Timbobhe, cousins des Dialoyabhe, s’installèrent à Bhouria.

Les Sow ou Sôbhe, moins nombreux se logèrent à Kébâli, près de Fougoumba.

Les Bah ou Ourourbhe, choisirent deux régions : la première : Koïn sous le titre de Koulounnabhe. La seconde : Timbi-Touni pour les Helâyâbhe.

Il faut noter que l’arrivée des peuls au Fouta a été suivie par d’autres musulmans dont des Malinkés, des Sarakollés et des Diakhankés qui particulièrement contribuèrent à l’épanouissement de l’islam sans avec les premiers se mêler des affaires politiques du Fouta.

Sous l’impulsion d’Alfa Ibrahima Sambégou, fils d’Alfa Nouhou de Timbo, un grand érudit qui avait le don de la parole et un penchant très poussé pour la guerre sainte, neuf vénérés représentants des musulmans de tout le pays se réunirent a Fougoumba vers 1730 en congrès. Ce sont:

  1. Alfa Mamadou Cellou de Labé
  2. Thierno Samba de Bhouria
  3. Thierno Ciré de Timbi-Touni
  4. Thierno Souleymane de Timbi-Touni
  5. Alfa Amadou de Kolladhe (Kankalabé)
  6. Alfa Moussa de Kébâli
  7. Alfa Saliou Balla de Koïn
  8. Alfa Mamadou Sadio de Fougoumba
  9. Et lui-même Alfa Ibrahima Sambégou de Timbo

Le congrès décida à l’unanimité l’organisation de la guerre sainte contre les fétichistes. Le pays sera ainsi entièrement soumis aux c onquérants musulmans. C’est au deuxième Congrès tenu à Timbi-Touni que l’Etat du Fouta Djallon sera consacré. Il y sera adopté une constitution en accord avec les prescriptions du Coran, des Hadiths du Prophète et des coutumes peuls qui ne transgressent pas les deux premiers. Elle stipule entre autres :

L’organisation politique et administrative du Fouta Djallon

Le Fouta-Djallon fut déclaré Etat souverain et indépendant, composé de
neuf provinces autonomes appelées diiwe (diiwal au sing.) : Timbo,
Fougoumba, Bhouria, Kébali, Kollâdhe, Koïn, Labé, Timbi-Touni, Fodé Hadji. La création du diiwal de Fodé-Hadji est une reconnaissance à l’apport

inestimable de certains musulmans non peuls à la guerre sainte. Situé à l’est
de Timbo, au-delà du fleuve Bafing, il est peuplé de Peuls et de Malinkés
islamisés.

Ces neuf diiwe confédérés qui auraient pour capitale Timbo seraient sous
l’autorité d’un Almamy Commandeur des croyants du Fouta-Djallon, chef de
l’Etat, et chef des armées. Il est assisté d’un Conseil des Anciens.

Il fut décidé que le congrès qui aura

son siège à Fougoumba se réunirait chaque fois que les intérêts politiques et
religieux de l’empire le nécessiteraient; qu’à lui appartiendraient la
nomination des Almamys et les décisions concernant les guerres à livrer et les traités à passer.
L’Almamy qui est aussi couronné à Fougoumba
nomme les chefs de diiwe.

La Justice

La justice serait basée sur la charia. Un marabout bien imbu du droit

musulman officiera au niveau de chaque structure pour rendre la justice entre
les citoyens. Les parties ont le droit d’interjeter appel devant le juge d’une
compétence plus élargie.

L’éducation

Le congrès rendit l’enseignement obligatoire pour tous les enfants à partir
de l’âge de sept ans. Les cours vont du vendredi après-midi au mercredi matin.

L’information

On adopta ou cours du Congrès quatre modes de transmission de
l’information:

  1. Par la diffusion de l’information dans les mosquées ou
    sur les places publiques ;
  2. Par des frappes codées sur la tabaldeh :
  3. Par un message verbal qui serait transmis suivant l’importance par un ou deux hommes ;
  4. Par courrier rapide écrit en peul ou en arabe et qui serait transporté de village en village par des coureurs.

L’armée

Avant le second congrès, chaque conquérant agissait selon des

critères et des dispositions quelques fois peu requises. Le congrès suggéra
dans l’avenir deux approches :

  1. La première qui est d’ordre nationale serait sous la conduite de l’Almamy. Le congrès est convoqué à Fougoumba pour l’entériner et
    tous les hommes en état de porter les armes sont mobilisés à travers le pays.
    Les armes et les munitions sont fournies, les vivres stockés le long des
    trajets à emprunter.
  2. La deuxième est une expédition qui n’a pas besoin de
    l’aval du congrès, mais seulement de l’Almamy. Elle est suscitée et dirigée par le chef du diiwal. L’ennemi est attaqué par surprise, ses biens saisis et sa communauté prise en captivité. Le cinquième du butin revient à l’Almamy.

Les unités de mesure

Les unités de mesure n’étant pas standardisées au paravent on adopta une règlementation encore de nos jours dans le Fouta.générale, basée sur la Charia dénommée « Saria Karamoko Alpha » et qui a cours

  1. Un korel qui est un panier devant contenir quatre fois les deux mains jointes pleine de graines de tout genre.
  2. La coudée fut l’unité pour les tissus.
  3. Le pied pour l’arpentage.

La désignation du premier Almamy

A la fin du congrès Ibrahima Sambégou de Timbo fut élu à l’unanimité comme
Almamy en raison de sa probité morale et intellectuelle et de son apport
inestimable à la création de l’Etat naissant du Fouta Djallon. Les membres du
congrès se rendirent immédiatement à Fougoumba pour le couronnement du premier Almamy du Fouta Jalo qui prendra le nom de Karamoko Alfa mo Timbo.

Il y aura après lui treize Almamys couronnés durant l’existence du Fouta

Jalo. Le dernier sera l’Almamy Bokar Biro qui s’opposera farouchement à la
pénétration coloniale. Son élimination le 20 Novembre 1896 après une bataille
ardue contre une troupe française à Poredaka le 14 Novembre 1896 fut la fin de l’Etat du Fouta Djallon et le début de sa colonisation.Le colon en arrivant trouvera que le Fouta a une tradition scolastique et une

littérature pastorale et religieuse très abondante. Il y avait d’éminents poètes, de grands érudits, et d’éminents religieux. El Hadj Omar Tall, cet autre érudit fondateur de Dinguiraye, lorsqu’il traversa le pays en 1845, eut la probité de reconnaitre qu’il a rencontré313 marabouts dont 300 lui sont inférieurs, 10 sont ses égaux, et 3 lui sont supérieurs. Le Fouta comptait plus de neuf cents
écoles dont quelques unes atteignaient le niveau post universitaire.

Nominatif des Almamys
du Fouta Jaloo

01 Alfa Ibrahima Sambégou dit Karamoko Alfa

02 Almamy Ibrahima Sory Mawdho

03 Almamy Alfa Saliou / Alfaya

04 Almamy Sadou /Soriya

05 Almamy Abdoulaye Bademba / Alfaya

06 Almamy Abdoul Gadiri / Soriya

07 Almamy Boubacar Zikrou / Alfaya

08 Almamy Boubacar mo Bademba / Alfaya

09 Almamy Yaya /Soriya

10 Almamy Oumarou/ Soriya

11 Almamy Ibrahima Sory Daara / Alfaya

12 Almamy Ibrahima Donhol Feela / Soriya

13 Almamy Ahmadou / Alfaya

14 Almamy Bokar Biro

 

Sankarela Diallo

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